Cependant, l'adoption de nouvelles pratiques agricoles, notamment la lutte intégrée contre les ravageurs, est lente. Cette étude utilise un outil de recherche élaboré en collaboration comme étude de cas pour comprendre comment les producteurs de céréales du sud-ouest de l'Australie-Occidentale accèdent à l'information et aux ressources nécessaires à la gestion de la résistance aux fongicides. Nous avons constaté que les producteurs s'appuient sur des agronomes rémunérés, les organismes gouvernementaux ou de recherche, les groupements de producteurs locaux et les journées de démonstration pour obtenir des informations sur la résistance aux fongicides. Ils recherchent des informations auprès d'experts de confiance capables de simplifier des recherches complexes, privilégient une communication simple et claire et préfèrent les ressources adaptées aux conditions locales. Les producteurs accordent également une grande importance aux informations sur les nouveaux fongicides et à l'accès à des services de diagnostic rapide de la résistance aux fongicides. Ces résultats soulignent l'importance de fournir aux producteurs des services de vulgarisation agricole efficaces pour gérer le risque de résistance aux fongicides.
Les producteurs d'orge gèrent les maladies des cultures par la sélection de matériel génétique adapté, la gestion intégrée des maladies et l'utilisation intensive de fongicides, souvent à titre préventif pour éviter les épidémies¹. Les fongicides empêchent l'infection, la croissance et la reproduction des champignons pathogènes dans les cultures. Cependant, ces champignons peuvent présenter des structures de population complexes et sont sujets aux mutations. Une dépendance excessive à un spectre limité de fongicides ou une utilisation inappropriée de ces produits peut entraîner des mutations fongiques conférant une résistance à ces substances. L'utilisation répétée des mêmes composés actifs accroît la tendance des communautés pathogènes à développer une résistance, ce qui peut réduire l'efficacité de ces composés dans la lutte contre les maladies des cultures²,³,⁴.
FongicideLa résistance aux fongicides désigne l'incapacité de ces derniers, pourtant efficaces auparavant, à lutter efficacement contre les maladies des cultures, même lorsqu'ils sont utilisés correctement. Par exemple, plusieurs études ont fait état d'une baisse d'efficacité des fongicides contre l'oïdium, allant d'une efficacité réduite à une inefficacité totale sur le terrain5,6. Si rien n'est fait, la prévalence de la résistance aux fongicides continuera d'augmenter, réduisant l'efficacité des méthodes de lutte existantes et entraînant des pertes de rendement considérables7.
À l'échelle mondiale, les pertes avant récolte dues aux maladies des cultures sont estimées entre 10 et 23 %, tandis que les pertes après récolte varient de 10 à 20 %⁸. Ces pertes équivalent à 2 000 calories par jour pour environ 600 millions à 4,2 milliards de personnes, tout au long de l'année⁸. Face à la demande alimentaire mondiale croissante, les défis liés à la sécurité alimentaire continueront de s'aggraver⁹. Ces défis devraient être exacerbés à l'avenir par les risques associés à la croissance démographique mondiale et aux changements climatiques¹⁰,¹¹,¹². La capacité à produire des aliments de manière durable et efficace est donc essentielle à la survie de l'humanité, et la disparition des fongicides comme moyen de lutte contre les maladies pourrait avoir des conséquences plus graves et dévastatrices encore que celles subies par les producteurs primaires.
Pour lutter contre la résistance aux fongicides et minimiser les pertes de rendement, il est nécessaire de développer des innovations et des services de vulgarisation adaptés aux capacités des producteurs à mettre en œuvre des stratégies de lutte intégrée. Bien que les lignes directrices en matière de lutte intégrée encouragent des pratiques de gestion des ravageurs plus durables à long terme12,13, l'adoption de nouvelles pratiques agricoles conformes aux meilleures pratiques de lutte intégrée reste généralement lente, malgré leurs avantages potentiels14,15. Des études antérieures ont mis en évidence des obstacles à l'adoption de stratégies de lutte intégrée durables. Parmi ces obstacles figurent l'application incohérente des stratégies, le manque de clarté des recommandations et la viabilité économique des stratégies16. Le développement de la résistance aux fongicides constitue un défi relativement nouveau pour le secteur. Bien que les données sur le sujet soient de plus en plus nombreuses, la sensibilisation à son impact économique demeure limitée. De plus, les producteurs manquent souvent de soutien et perçoivent la lutte insecticide comme plus simple et plus rentable, même s'ils jugent d'autres stratégies de lutte intégrée utiles17. Compte tenu de l'importance des impacts des maladies sur la viabilité de la production alimentaire, les fongicides resteront probablement une option importante de lutte intégrée à l'avenir. La mise en œuvre des stratégies de lutte intégrée, notamment l'introduction d'une résistance génétique améliorée de l'hôte, ne se concentrera pas uniquement sur le contrôle des maladies, mais sera également essentielle au maintien de l'efficacité des composés actifs utilisés dans les fongicides.
L'agriculture contribue de manière essentielle à la sécurité alimentaire, et les chercheurs et les organismes gouvernementaux doivent pouvoir fournir aux agriculteurs des technologies et des innovations, notamment des services de vulgarisation, qui améliorent et maintiennent la productivité des cultures. Cependant, l'approche descendante de « vulgarisation de la recherche », qui privilégie le transfert de technologies des experts aux agriculteurs sans tenir suffisamment compte de la contribution des producteurs locaux18,19, constitue un obstacle majeur à l'adoption de ces technologies et innovations par les producteurs. Une étude menée par Anil et al.19 a révélé que cette approche entraînait des taux d'adoption variables des nouvelles technologies dans les exploitations. De plus, cette étude a mis en évidence les inquiétudes exprimées par les producteurs lorsque la recherche agricole est utilisée à des fins exclusivement scientifiques. De même, le fait de ne pas accorder la priorité à la fiabilité et à la pertinence de l'information pour les producteurs peut engendrer un fossé de communication qui nuit à l'adoption des nouvelles innovations agricoles et des autres services de vulgarisation20,21. Ces résultats suggèrent que les chercheurs ne comprennent pas toujours pleinement les besoins et les préoccupations des producteurs lorsqu'ils fournissent des informations.
Les progrès réalisés en matière de vulgarisation agricole ont mis en évidence l'importance d'impliquer les producteurs locaux dans les programmes de recherche et de faciliter la collaboration entre les institutions de recherche et l'industrie18,22,23. Cependant, des travaux supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l'efficacité des modèles de mise en œuvre de la lutte intégrée existants et le taux d'adoption des technologies de gestion durable des ravageurs à long terme. Historiquement, les services de vulgarisation étaient principalement assurés par le secteur public24,25. Toutefois, la tendance à l'essor des exploitations commerciales à grande échelle, les politiques agricoles axées sur le marché et le vieillissement et le déclin de la population rurale ont réduit le besoin de financements publics importants24,25,26. De ce fait, les gouvernements de nombreux pays industrialisés, dont l'Australie, ont réduit leurs investissements directs dans la vulgarisation, ce qui les a conduits à dépendre davantage du secteur privé pour la prestation de ces services27,28,29,30. Cependant, le recours exclusif à la vulgarisation privée a été critiqué en raison de son accessibilité limitée aux petites exploitations et de l'attention insuffisante portée aux questions environnementales et de durabilité. Une approche collaborative impliquant les services de vulgarisation publics et privés est désormais recommandée31,32. Cependant, les recherches sur les perceptions et les attitudes des producteurs à l'égard des ressources optimales de gestion de la résistance aux fongicides restent limitées. De plus, la documentation présente des lacunes concernant les types de programmes de vulgarisation efficaces pour aider les producteurs à lutter contre la résistance aux fongicides.
Les conseillers personnels (tels que les agronomes) offrent aux producteurs un soutien et une expertise professionnels33. En Australie, plus de la moitié des producteurs font appel aux services d'un agronome, une proportion qui varie selon les régions et qui devrait encore s'accentuer20. Les producteurs affirment privilégier la simplicité dans leurs opérations, ce qui les amène à engager des conseillers privés pour gérer des processus plus complexes, comme les services d'agriculture de précision tels que la cartographie des parcelles, les données spatiales pour la gestion des pâturages et l'assistance technique20. Les agronomes jouent donc un rôle important dans le développement agricole, car ils aident les producteurs à adopter de nouvelles technologies tout en garantissant une utilisation aisée.
Le recours fréquent aux agronomes s'explique aussi par l'acceptation de conseils rémunérés de la part de pairs (par exemple, d'autres producteurs34). Comparés aux chercheurs et aux agents de vulgarisation agricole, les agronomes indépendants tendent à nouer des relations plus étroites et souvent durables avec les producteurs grâce à des visites régulières sur les exploitations35. De plus, ils privilégient un soutien pratique plutôt que de tenter de persuader les agriculteurs d'adopter de nouvelles pratiques ou de se conformer à la réglementation, et leurs conseils sont plus susceptibles de servir les intérêts des producteurs33. Les agronomes indépendants sont donc souvent perçus comme des sources de conseils impartiales33, 36.
Cependant, une étude menée en 2008 par Ingram33 a mis en évidence les rapports de force entre agronomes et agriculteurs. Cette étude a constaté que des approches rigides et autoritaires peuvent nuire au partage des connaissances. Par ailleurs, il arrive que des agronomes abandonnent les meilleures pratiques pour éviter de perdre des clients. Il est donc important d'examiner le rôle des agronomes dans différents contextes, notamment du point de vue des producteurs. Face aux défis que représente la résistance aux fongicides pour la production d'orge, il est essentiel de comprendre les relations que les producteurs d'orge développent avec les agronomes pour diffuser efficacement les nouvelles innovations.
La collaboration avec les groupements de producteurs constitue également un volet important du développement agricole. Ces groupements sont des organisations communautaires indépendantes et autonomes, composées d'agriculteurs et de membres de la communauté, qui se concentrent sur les enjeux liés aux exploitations agricoles. Cela inclut une participation active aux essais de recherche, le développement de solutions agroalimentaires adaptées aux besoins locaux et le partage des résultats de la recherche et du développement avec d'autres producteurs16,37. Le succès des groupements de producteurs s'explique par le passage d'une approche descendante (par exemple, le modèle chercheur-agriculteur) à une approche de développement communautaire qui privilégie l'apport des producteurs, favorise l'apprentissage autonome et encourage la participation active16,19,38,39,40.
Anil et al. [19] ont mené des entretiens semi-structurés auprès de membres de groupements de producteurs afin d'évaluer les avantages perçus de l'adhésion à un groupement. L'étude a révélé que les producteurs considéraient les groupements de producteurs comme ayant une influence significative sur leur apprentissage des nouvelles technologies, ce qui, à son tour, influençait leur adoption de pratiques agricoles innovantes. Les groupements de producteurs se sont avérés plus efficaces pour mener des expérimentations au niveau local que dans les grands centres de recherche nationaux. De plus, ils étaient considérés comme une meilleure plateforme de partage d'informations. En particulier, les journées portes ouvertes étaient perçues comme une plateforme précieuse pour le partage d'informations et la résolution collective de problèmes, favorisant ainsi la collaboration.
L'adoption de nouvelles technologies et pratiques par les agriculteurs est un processus complexe qui dépasse la simple compréhension technique41. Ce processus implique en effet la prise en compte des valeurs, des objectifs et des réseaux sociaux qui influencent la prise de décision des producteurs41,42,43,44. Malgré l'abondance de ressources disponibles, seules certaines innovations et pratiques sont rapidement adoptées. À mesure que de nouveaux résultats de recherche sont produits, leur utilité pour faire évoluer les pratiques agricoles doit être évaluée. Or, bien souvent, un décalage existe entre l'utilité des résultats et les changements de pratiques escomptés. Idéalement, dès le début d'un projet de recherche, l'utilité des résultats et les options permettant de l'améliorer sont examinées dans le cadre d'une conception collaborative avec la participation du secteur.
Afin de déterminer l’utilité des résultats relatifs à la résistance aux fongicides, cette étude a mené des entretiens téléphoniques approfondis avec des agriculteurs de la zone céréalière du sud-ouest de l’Australie-Occidentale. L’approche adoptée visait à promouvoir les partenariats entre chercheurs et agriculteurs, en mettant l’accent sur les valeurs de confiance, de respect mutuel et de prise de décision partagée45. Cette étude avait pour objectif d’évaluer la perception qu’ont les agriculteurs des ressources existantes en matière de gestion de la résistance aux fongicides, d’identifier les ressources facilement accessibles et d’explorer celles auxquelles ils souhaiteraient avoir accès, ainsi que les raisons de leurs préférences. Plus précisément, cette étude aborde les questions de recherche suivantes :
RQ3 Quels autres services de dissémination de la résistance aux fongicides les producteurs espèrent-ils recevoir à l'avenir et quelles sont les raisons de leur préférence ?
Cette étude a utilisé une approche par étude de cas pour explorer les perceptions et les attitudes des producteurs agricoles vis-à-vis des ressources liées à la gestion de la résistance aux fongicides. Le questionnaire a été élaboré en collaboration avec des représentants du secteur et combine des méthodes de collecte de données qualitatives et quantitatives. Cette approche visait à mieux comprendre les expériences spécifiques des producteurs en matière de gestion de la résistance aux fongicides, nous permettant ainsi de mieux appréhender leurs pratiques et leurs perspectives. L'étude a été menée durant la campagne agricole 2019/2020 dans le cadre du projet « Barley Disease Cohort Project », un programme de recherche collaborative avec des producteurs de la zone céréalière du sud-ouest de l'Australie-Occidentale. Ce programme vise à évaluer la prévalence de la résistance aux fongicides dans la région en analysant des échantillons de feuilles d'orge malades provenant des producteurs. Les participants au projet « Barley Disease Cohort Project » sont issus des zones à pluviométrie moyenne à élevée de la région céréalière d'Australie-Occidentale. Des opportunités de participation sont créées et diffusées (via différents médias, y compris les réseaux sociaux) et les agriculteurs sont invités à candidater. Tous les candidats intéressés sont acceptés dans le projet.
L’étude a reçu l’approbation éthique du Comité d’éthique de la recherche sur l’humain de l’Université Curtin (HRE2020-0440) et a été menée conformément à la Déclaration nationale de 2007 sur la conduite éthique de la recherche sur l’humain46. Les producteurs et agronomes qui avaient préalablement accepté d’être contactés au sujet de la gestion de la résistance aux fongicides ont pu partager des informations sur leurs pratiques. Un document d’information et un formulaire de consentement ont été remis aux participants avant leur participation. Le consentement éclairé a été obtenu de tous les participants avant leur inclusion dans l’étude. Les données ont été recueillies principalement par le biais d’entretiens téléphoniques approfondis et de questionnaires en ligne. Afin de garantir la cohérence des réponses, le même questionnaire auto-administré a été lu mot pour mot aux participants ayant répondu au questionnaire téléphonique. Aucune information supplémentaire n’a été fournie afin d’assurer l’équité des deux méthodes de collecte de données.
L'étude a reçu l'approbation éthique du comité d'éthique de la recherche sur l'humain de l'université Curtin (HRE2020-0440) et a été menée conformément à la déclaration nationale de 2007 sur la conduite éthique de la recherche sur l'humain 46. Le consentement éclairé a été obtenu de tous les participants avant leur participation à l'étude.
Au total, 137 producteurs ont participé à l'étude. Parmi eux, 82 % ont répondu à un entretien téléphonique et 18 % ont rempli le questionnaire en ligne. L'âge des participants variait de 22 à 69 ans, avec une moyenne de 44 ans. Leur expérience dans le secteur agricole s'échelonnait de 2 à 54 ans, avec une moyenne de 25 ans. En moyenne, les agriculteurs ont semé 1 122 hectares d'orge répartis sur 10 parcelles. La plupart des producteurs cultivaient deux variétés d'orge (48 %), la répartition des variétés allant d'une seule variété (33 %) à cinq variétés (0,7 %). La répartition des participants à l'enquête est illustrée par la figure 1, réalisée à l'aide du logiciel QGIS version 3.28.3-Firenze47.
Carte des participants à l'enquête par code postal et zone de précipitations : faible, moyenne, élevée. La taille des symboles indique le nombre de participants dans la région céréalière de l'Australie-Occidentale. Carte réalisée avec le logiciel QGIS version 3.28.3-Firenze.
Les données qualitatives recueillies ont été codées manuellement par analyse de contenu inductive, les réponses faisant d'abord l'objet d'un codage ouvert48. L'analyse a consisté à relire le texte et à relever les thèmes émergents afin de décrire différents aspects du contenu49,50,51. Après cette étape d'abstraction, les thèmes identifiés ont été regroupés en catégories plus générales51,52. Comme illustré à la figure 2, cette analyse systématique vise à mieux comprendre les principaux facteurs influençant les préférences des producteurs en matière de ressources de gestion de la résistance aux fongicides, et ainsi à clarifier les processus décisionnels liés à la gestion des maladies. Les thèmes identifiés sont analysés et discutés plus en détail dans la section suivante.
En réponse à la question 1, les données qualitatives (n=128) ont révélé que les agronomes étaient la ressource la plus fréquemment utilisée, plus de 84 % des producteurs les citant comme leur principale source d'information sur la résistance aux fongicides (n=108). Fait intéressant, les agronomes étaient non seulement la ressource la plus citée, mais aussi l'unique source d'information sur la résistance aux fongicides pour une proportion importante de producteurs, plus de 24 % (n=31) d'entre eux s'appuyant exclusivement sur eux. La majorité des producteurs (72 % des réponses, soit n=93) ont indiqué qu'ils consultaient généralement les agronomes pour obtenir des conseils, lire des articles de recherche ou se référer aux médias. Les médias en ligne et imprimés réputés étaient fréquemment cités comme sources privilégiées d'information sur la résistance aux fongicides. Par ailleurs, les producteurs s'appuyaient sur des rapports sectoriels, des bulletins d'information locaux, des magazines, la presse rurale ou des sources de recherche dont l'accès n'était pas précisé. Les producteurs citaient fréquemment plusieurs sources médiatiques électroniques et imprimées, témoignant de leurs efforts proactifs pour obtenir et analyser diverses études.
Une autre source d'information importante réside dans les échanges et les conseils d'autres producteurs, notamment par le biais du réseau d'amis et de voisins. Par exemple, P023 : « Échanges agricoles (des amis du nord détectent les maladies plus tôt) » et P006 : « Amis, voisins et agriculteurs ». De plus, les producteurs s'appuient sur des groupements agricoles locaux (n = 16), tels que des associations d'agriculteurs ou de producteurs, des groupes de spécialistes en pulvérisation et des groupes d'agronomie. Il est souvent mentionné que des personnes de la région participent à ces discussions. Par exemple, P020 : « Groupe local d'amélioration agricole et intervenants extérieurs » et P031 : « Nous avons un groupe local de spécialistes en pulvérisation qui me fournit des informations utiles. »
Les journées portes ouvertes ont été mentionnées comme une autre source d'information (n = 12), souvent en complément des conseils d'agronomes, de la presse écrite et des échanges avec des collègues locaux. En revanche, les ressources en ligne telles que Google et Twitter (n = 9), les représentants commerciaux et la publicité (n = 3) ont été rarement cités. Ces résultats soulignent la nécessité de disposer de ressources diversifiées et accessibles pour une gestion efficace de la résistance aux fongicides, en tenant compte des préférences des agriculteurs et de l'utilisation de différentes sources d'information et de soutien.
En réponse à la question 2, les producteurs ont été interrogés sur les raisons de leur préférence pour certaines sources d'information relatives à la gestion de la résistance aux fongicides. L'analyse thématique a révélé quatre thèmes principaux expliquant pourquoi les producteurs s'appuient sur des sources d'information spécifiques.
Lorsqu'ils reçoivent des rapports sectoriels et gouvernementaux, les producteurs privilégient les sources d'information qu'ils jugent fiables, dignes de confiance et à jour. Par exemple, P115 : « Des informations plus récentes, fiables, crédibles et de qualité » et P057 : « Parce que les faits sont vérifiés et étayés. Ce sont des informations récentes, disponibles directement sur le terrain. » Les producteurs considèrent les informations provenant d'experts comme fiables et de meilleure qualité. Les agronomes, en particulier, sont perçus comme des experts compétents en qui les producteurs peuvent avoir confiance pour obtenir des conseils judicieux et fiables. Un producteur a déclaré : P131 : « [Mon agronome] connaît tous les enjeux, c'est un expert dans le domaine, il offre un service payant, et j'espère qu'il pourra me donner les bons conseils » et un autre P107 : « Toujours disponible, l'agronome est le chef, car il possède les connaissances et les compétences en recherche. »
Les agronomes sont souvent perçus comme dignes de confiance et bénéficient de la confiance des producteurs. Ils sont également considérés comme le lien essentiel entre les producteurs et la recherche de pointe. Leur rôle est crucial pour combler le fossé entre la recherche théorique, parfois déconnectée des réalités locales, et les problématiques concrètes des exploitations. Ils mènent des recherches que les producteurs n'ont ni le temps ni les ressources nécessaires pour entreprendre et les contextualisent par des échanges constructifs. Par exemple, P010 a déclaré : « Les agronomes ont le dernier mot. Ils sont la clé de la recherche la plus récente et les agriculteurs sont bien informés car ils connaissent les enjeux et sont employés par eux. » Et P043 d'ajouter : « Faites confiance aux agronomes et aux informations qu'ils fournissent. Je suis ravi que le projet de gestion de la résistance aux fongicides soit mis en œuvre : le savoir est un atout précieux et je n'aurai pas à dépenser tout mon argent en nouveaux produits chimiques. »
La propagation des spores de champignons parasites peut se faire à partir d'exploitations ou de zones voisines de diverses manières, notamment par le vent, la pluie et les insectes. Les connaissances locales sont donc considérées comme essentielles, car elles constituent souvent la première ligne de défense contre les problèmes potentiels liés à la gestion de la résistance aux fongicides. À titre d'exemple, le participant P012 a commenté : « Les résultats de [l'agronome] sont locaux ; il est plus facile pour moi de le contacter et d'obtenir des informations de sa part. » Un autre producteur a donné l'exemple de l'importance qu'il accorde au raisonnement des agronomes locaux, soulignant que les producteurs privilégient les experts disponibles localement et ayant fait leurs preuves dans l'obtention des résultats escomptés. Par exemple, P022 a déclaré : « On trouve des mensonges sur les réseaux sociaux ; méfiez-vous des personnes avec lesquelles vous traitez. »
Les producteurs apprécient les conseils ciblés des agronomes car ils bénéficient d'une forte présence locale et connaissent parfaitement les conditions du terrain. Ils affirment que les agronomes sont souvent les premiers à identifier et à comprendre les problèmes potentiels de l'exploitation avant même qu'ils ne surviennent. Cela leur permet de fournir des conseils sur mesure, adaptés aux besoins spécifiques de chaque ferme. De plus, les agronomes se rendent fréquemment sur place, ce qui renforce leur capacité à offrir un accompagnement et des conseils personnalisés. Par exemple, P044 : « Je fais confiance à l'agronome car il connaît parfaitement la région et il repère les problèmes avant même que je ne m'en aperçoive. Il peut alors me donner des conseils ciblés. L'agronome connaît très bien la région car il y vit. En général, je suis agriculteur. Nous avons une clientèle diversifiée dans des zones similaires. »
Les résultats démontrent que l'industrie est prête pour les services commerciaux de tests ou de diagnostic de la résistance aux fongicides, et soulignent la nécessité que ces services soient pratiques, compréhensibles et rapides. Ces résultats pourraient fournir des indications précieuses à mesure que les résultats de la recherche et les tests de résistance aux fongicides deviendront une réalité commerciale abordable.
Cette étude visait à explorer les perceptions et les attitudes des producteurs agricoles à l'égard des services de vulgarisation relatifs à la gestion de la résistance aux fongicides. Nous avons utilisé une approche qualitative par étude de cas afin de mieux comprendre leurs expériences et leurs points de vue. Face à l'augmentation constante des risques associés à la résistance aux fongicides et aux pertes de rendement⁵, il est essentiel de comprendre comment les producteurs s'informent et d'identifier les canaux de diffusion les plus efficaces, notamment lors des pics d'incidence des maladies.
Nous avons interrogé les producteurs sur les services et ressources de vulgarisation qu'ils utilisent pour s'informer sur la gestion de la résistance aux fongicides, en nous intéressant particulièrement aux canaux de vulgarisation privilégiés en agriculture. Les résultats montrent que la plupart des producteurs sollicitent l'avis d'agronomes rémunérés, souvent en complément d'informations provenant d'organismes gouvernementaux ou de centres de recherche. Ces résultats concordent avec des études antérieures soulignant une préférence générale pour la vulgarisation privée, les producteurs valorisant l'expertise des consultants agricoles rémunérés53,54. Notre étude a également révélé qu'un nombre important de producteurs participent activement à des forums en ligne, tels que les groupements locaux de producteurs et les journées portes ouvertes. Ces réseaux incluent également des organismes de recherche publics et privés. Ces résultats confirment les travaux de recherche existants démontrant l'importance des approches communautaires19,37,38. Ces approches facilitent la collaboration entre les organismes publics et privés et rendent l'information pertinente plus accessible aux producteurs.
Nous avons également étudié les raisons pour lesquelles les producteurs privilégient certains intrants, afin d'identifier les facteurs qui les rendent plus attractifs à leurs yeux. Les producteurs ont exprimé un besoin d'accès à des experts reconnus et compétents en matière de recherche (Thème 2.1), un besoin étroitement lié au recours à des agronomes. Plus précisément, les producteurs ont souligné que l'embauche d'un agronome leur permet d'accéder à des recherches pointues et avancées sans nécessiter un investissement en temps important, ce qui contribue à pallier des contraintes telles que le manque de temps, de formation ou de familiarité avec certaines méthodes. Ces résultats concordent avec des recherches antérieures montrant que les producteurs s'appuient souvent sur des agronomes pour simplifier des processus complexes20.
Date de publication : 13 novembre 2024



