Les gouvernements de l'Union européenne n'ont pas réussi, vendredi dernier, à se prononcer de manière définitive sur une proposition visant à prolonger de dix ans l'autorisation de l'UE pour l'utilisation deGLYPHOSATE, l'ingrédient actif de l'herbicide Roundup de Bayer AG.
Une « majorité qualifiée » de 15 pays représentant au moins 65 % de la population du bloc était requise pour soutenir ou bloquer la proposition.
La Commission européenne a déclaré dans un communiqué qu'aucun vote au sein d'un comité composé des 27 États membres de l'UE n'avait permis de dégager une majorité qualifiée dans un sens ou dans l'autre.
Les gouvernements de l'UE tenteront à nouveau leur chance durant la première quinzaine de novembre, faute de quoi la décision finale reviendra à la Commission européenne.
Une décision est nécessaire d'ici le 14 décembre, car l'autorisation actuelle expire le lendemain.
Lors du précédent renouvellement de l'autorisation du glyphosate, l'UE lui avait accordé une prolongation de cinq ans après que les pays membres aient refusé à deux reprises de soutenir une période de dix ans.
Bayer affirme que des décennies d'études ont démontré l'innocuité du produit et que ce dernier est largement utilisé depuis des décennies par les agriculteurs ou pour désherber les voies ferrées.
L'entreprise a déclaré vendredi dernier qu'une nette majorité de pays de l'UE avait voté en faveur de la proposition et qu'elle espérait qu'un nombre suffisant de pays supplémentaires la soutiendraient lors de la prochaine étape du processus d'approbation.
Au cours de la dernière décennie,GLYPHOSATEL'acide chlorhydrique, utilisé dans des produits comme l'herbicide Roundup, est au cœur d'un vif débat scientifique quant à son potentiel cancérogène et à ses effets néfastes sur l'environnement. Ce produit chimique a été commercialisé par Monsanto en 1974 comme une méthode efficace pour éliminer les mauvaises herbes tout en préservant les cultures et les plantes.
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), basé en France et qui fait partie de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'a classé comme « cancérogène probable pour l'homme » en 2015. L'agence européenne de sécurité des aliments (FDA) avait ouvert la voie à une prolongation de 10 ans en déclarant en juillet qu'elle « n'avait pas identifié de points critiques préoccupants » concernant l'utilisation du glyphosate.
L'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) avait conclu en 2020 que l'herbicide ne présentait aucun risque pour la santé humaine, mais une cour d'appel fédérale de Californie a ordonné l'année dernière à l'agence de réexaminer cette décision, estimant qu'elle n'était pas étayée par suffisamment de preuves.
Il incombe aux États membres de l'UE d'autoriser l'utilisation des produits contenant cette substance chimique sur leurs marchés nationaux, après une évaluation de leur sécurité.
En France, le président Emmanuel Macron s'était engagé à interdire le glyphosate avant 2021, mais il est revenu sur sa décision. L'Allemagne, première économie de l'UE, prévoit d'arrêter de l'utiliser dès l'année prochaine, mais cette décision pourrait être contestée. L'interdiction nationale luxembourgeoise, par exemple, a été invalidée par la justice en début d'année.
Greenpeace avait appelé l'UE à rejeter la réautorisation du glyphosate sur le marché, citant des études indiquant que ce produit pourrait provoquer des cancers et d'autres problèmes de santé, et qu'il pourrait également être toxique pour les abeilles. Le secteur agro-industriel, quant à lui, affirme qu'il n'existe aucune alternative viable.
« Quelle que soit la décision finale qui émergera de ce processus de réautorisation, les États membres devront se confronter à une réalité », a déclaré Copa-Cogeca, un groupe représentant les agriculteurs et les coopératives agricoles. « Il n’existe à ce jour aucune alternative équivalente à cet herbicide, et sans lui, de nombreuses pratiques agricoles, notamment la conservation des sols, seraient rendues complexes, laissant les agriculteurs sans solution. »
Extrait d'AgroPages
Date de publication : 18 octobre 2023



